Un frenchie chez les wallabies

Jeremy Tagand, chef d’atelier de Deus Ex Machina Sydney.

La marque Deus Ex Machina est aujourd’hui un véritable succès commercial international. Dire que tout a commencé à Sydney, dans un petit atelier de préparation moto fortement inspiré par la surf culture de Parramatta Road, dans le quartier de Camperdown. Jeremy Tagand y est arrivé par hasard, en passant par là, il est devenu depuis le chef d’atelier d’un des shops les plus connus à travers la planète.


C’est en février, en Australie, que nous avons rencontré Jeremy Tagand pour la première fois. Nous l’avions contacté auparavant plusieurs fois par mail afin qu’il nous tienne au courant de l’actualité de Deus Ex Machina et des prépas à venir sans savoir qu’il était Français ! L’homme ressemble bien à l’idée de ce que l’on se faisait de lui. Cool, détendu, très Australien dans l’attitude pour un Frenchie ! Jeremy prend la vie avec philosophie, il faut dire qu’il vit un rêve éveillé. Passionné de moto et de surf, il se retrouve aujourd’hui à la tête de l’atelier le plus créatif du moment, marié à une belle Australienne, habitant non loin des spots de glisse… Belle revanche pour un gars qui partait au pays des kangourous sur un coup de tête ! Sans complexe, il nous parle de sa vie au sein de Deus, nous raconte comment l’aventure a démarré, les clés du succès de l’une des marques les plus présentes dans la custom culture.

Pourrais-tu nous résumer le concept de Deus Ex Machina ?
L’expression deus ex machina, littéralement « Dieu issu de la machine », est utilisée pour définir une situation compliquée à laquelle est apportée une solution miraculeuse, sans explication rationnelle. Tout est dit ! Pour nous, derrière cette expression se cache un style de vie, une culture qui fédère des personnes de tous âges autour des mêmes valeurs, l’esprit créatif, artistique, fun et familial. C’est aussi la customisation, la différence, l’originalité, c’est tout ce que l’on peut créer ou modifier sur une moto, ou avec une planche de surf, une voiture, un vélo, des vêtements, des skis ou même un disque vinyle !

Comment est née l’aventure Deus ?
Le shop est né il y a de cela dix ans sous l’impulsion de Dare Jemming et son associé Carby Tuckwell. Tous deux se sont largement inspirés du Japon pour parfaire leur culture moto, c’était leur influence première. Ensemble ils ont créé un atelier d’où sortaient des machines personnalisées vraiment originales pour le coup, avec une patte particulière. Au fur et à mesure que ces motos investissaient les rues de Sydney, la notoriété faisait son apparition, et les médias aidant, la fièvre Deus a envahi la toile. L’idée d’avoir une moto très personnalisée, différente, mais tout en conservant l’esprit cool et stylé a offert à cette boîte une superbe image, en quelques années à peine.

Comment es-tu arrivé chez eux ?
Le hasard total ! Et ce qui est dingue, c’est que ça a changé ma vie ! En mars 2007, je passais par hasard avec un pote, en curieux, intrigué par les quelques machines préparées garées devant l’atelier de Parramatta Road. L’accueil était plutôt chaleureux, et après un quart d’heure de discussion j’ai compris qu’ils recherchaient un mécano. Je suis revenu le lendemain, un CV à la main. Ils m’ont proposé de bosser deux jours par semaine dans un premier temps, puis, deux semaines plus tard, ils m’ont offert un visa et un contrat de quatre ans ! L’aventure Deus commençait pour moi…

Comment as-tu atterri en Australie ?
J’étais parti en Australie pour une année plus ou moins sabbatique, après avoir fait une saison à Saint Tropez. J’avais envie de prendre l’air, de me changer les idées, bref, je n’étais pas forcément parti pour bosser. J’avais un projet avec quelques amis bartenders de Londres. On voulait ouvrir un night club… Et me voici mi-Français mi-Australien !

Quel est ton poste aujourd’hui ?
J’ai grimpé les échelons ! Me voici aujourd’hui chef d’atelier du Deus de Sydney, la maison mère, mais aussi le seul et unique mécano depuis presque cinq ans ! Je fais aussi le mannequin, ils m’utilisent souvent pour les photos des collections et surtout pour les images d’action en moto. Je participe énormément à la créa et au design, en collaboration avec Carby Tuckwell qui en est responsable.

Penses-tu avoir apporté une touche frenchie ou y a-t-il une véritable patte aussie ?
Oui je pense que j’ai vraiment apporté ma touche frenchie, c’est sûr. Après, même si Deus reste profondément Australien dans la culture, l’inspiration afflue de toutes parts. La boîte s’étant installée aux quatre coins de la planète, nos prépas sont beaucoup plus internationales dans l’esprit. Cela a du bon, car nous sommes en constante recherche de choses nouvelles et intéressantes.

Quelles sont les prépas dont tu es le plus fier ?

Je dirais que, parmi les nombreuses réalisées toutes ces années, j’ai un petit faible pour la R9T Heinrich Manœuvre sur base de BMW R-NineT, la Moulin Rouge sur base de Kawa W650, Le Gicleur Noir, le Grevious Angel, le Mono SR5 et la Bumblebee T100.

De quoi t’inspires-tu ?
J’aime m’inspirer de ce qui est différent, original, mais aussi très simple. Je trouve cela généralement dans les magazines, sur les réseaux sociaux… J’aime bien me servir des idées de mes amis et mes collègues aussi, parfois je laisse la machine nue sur mon pont, et en fin d’après-midi on fait un brainstorming. On s’assoit tous autour, on balance des idées, c’est souvent n’importe quoi mais la plupart du temps ça me donne des clés, d’excellentes solutions m’arrivent le lendemain ! Ainsi qu’une bonne migraine…

Deus, aujourd’hui, c’est quoi en chiffres ?
Au jour d’aujourd’hui, la boîte a bien grandi. Sept Deus Flag officiels existent à travers le monde, à Byron Bay, Canggu (Bali), Harajuku (Tokyo), Oberoi (Bali), Los Angeles, Milan et Sydney bien sûr ! En complément, un grand nombre de magasin vendent nos fringues, c’est une part importante de notre business. D’ailleurs ça occupe un espace important de notre shop, auquel on a ajouté le café, un endroit convivial à souhait. Au niveau de la prépa pure, dans notre atelier de Sydney, on réalise une vingtaine de motos complètes chaque année, sans compter les nombreuses petites modifications ça et là.

Quelles sont les dernières nouveautés ? L’atelier workshop par exemple, comment est née l’idée ?
La dernière nouveauté en date c’est le self-service night effectivement, et ça marche très fort ! L’idée est venue de Dare Jemming, en réaction aux nombreuses questions techniques et petits « tips » que l’on vient nous demander tous les jours. Partant du constat que les nouveaux riders s’intéressaient à tout et notamment au fonctionnement de leurs machines et aux éventuelles solutions de préparation, et qu’il leur en fallait toujours plus, nous avons créé des sessions de mécanique, en fin de journée. C’est incroyable à quel point les gens sont assidus ! J’ai devant moi, pendant trois heures, entre 40 et 45 personnes qui écoutent, prennent des notes et posent des questions. Tout le monde a les yeux fixés sur moi, jamais tu en verras un sortir son téléphone ou regarder ses mails, c’est bluffant !

Quels sont tes plans à venir ?
Mes projets ?! Il y en a tellement ! Je dirais que parmi ceux qui me tiennent le plus à cœur, il y a la préparation d’une machine pour le Salt Lake, ici en Australie, mais aussi pour l’emmener sur le mythique lac salé de Bonneville. J’ai en tête de préparer une moto pour le flat track ainsi qu’un modèle pour le Born Free Show. J’ai énormément appris en collaborant avec Moto Retro pour la réalisation de la R9T, aussi j’ai envie de pousser dans ce sens. J’adorerais m’associer avec Shinya Kimura, Brat Style, Roland Sands, El Solitario et plein d’autres sur différents projets. Quant à mes projets d’avenir chez Deus, j’ai envie de dire que je ne veux rien changer à ma carrière chez eux, continuer à vivre l’aventure, montrer et faire comprendre aux plus jeunes l’esprit qui s’en dégage, puis passer le flambeau ! J’ai surtout envie de continuer à vivre « happy », et sur deux roues tant qu’à faire…

Photos : YG et DR

Denver

Animé par la passion du journalisme depuis une quinzaine d'années, Denver est rédacteur en chef d'un magazine sur la moto de caractère, journaliste-essayeur dans l'auto et fondateur du webzine Denver's Garage.

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